Baisse de désir dans le couple : comprendre la perte de libido chez l’homme et la femme
La baisse de désir dans le couple est une question fréquente en consultation de sexologie. Fatigue, stress, pression de performance ou dynamique relationnelle peuvent influencer la libido chez l’homme comme chez la femme. Cet article explore les mécanismes du désir et les situations où une baisse de libido peut apparaître dans une relation.
La baisse de désir dans le couple : manque de libido… ou manque d’espace pour désirer ?
Dans mon cabinet, j’entends souvent cette phrase :
« Je crois que j’ai un problème de libido. »
Parfois ce sont des femmes qui disent ne plus avoir envie.
Parfois ce sont des hommes qui se sentent en décalage avec l’image de la sexualité masculine qu’ils pensent devoir incarner.
Et très souvent, lorsque l’on prend le temps d’explorer ce qui se joue réellement dans la relation, la question n’est pas seulement celle de la libido. La question est parfois plus dérangeante que cela.
Dans quel espace le désir est-il censé exister ?
Le désir n’est pas une machine qui se déclenche
Dans l’imaginaire collectif, la sexualité fonctionne de manière simple :
désir → excitation → rapport sexuel.
La réalité clinique est beaucoup plus nuancée.
La psychiatre et sexologue Rosemary Basson a notamment proposé un modèle circulaire du
désir sexuel dans lequel l’envie peut émerger au cours de l’expérience intime, à partir de la stimulation, de l’intimité ou du contexte relationnel.
Autrement dit : l’envie ne précède pas toujours la sexualité.
Elle peut aussi naître dans la rencontre.
Source
Basson R. A model of women’s sexual response. Journal of Sex & Marital Therapy, 2000.
Observation clinique
En consultation, il n’est pas rare que la question du désir apparaisse indirectement.
Par exemple, certains couples viennent initialement pour des difficultés érectiles. Après
quelques échanges, il apparaît que l’homme ressent une forte pression de performance et que
la sexualité s’est progressivement centrée sur la réussite du rapport.
Dans ce contexte, le désir peut diminuer chez les deux partenaires :
- chez l’homme, parce que l’acte devient anxiogène
- chez la femme, parce que la sexualité perd sa dimension de jeu et de spontanéité.
Lorsque cette pression diminue et que l’on redonne de la place à l’exploration, il est fréquent
que le désir réapparaisse progressivement.
La libido masculine n’est pas un moteur permanent
Contrairement à un stéréotype très répandu, les hommes ne vivent pas toujours dans un désir
constant.
Dans ma pratique, beaucoup décrivent :
- une fatigue importante
- une pression de performance sexuelle
- une anxiété liée à l’érection
- un stress professionnel intense
- une charge mentale envahissante.
Dans ces conditions, le désir peut se mettre en retrait.
Pas parce que l’homme « n’a plus envie ».
Mais parce que l’espace psychique nécessaire au désir n’est plus disponible.
L’idée selon laquelle l’homme devrait toujours avoir envie crée parfois plus de souffrance qu’elle n’en explique.
Les femmes n’ont pas seulement appris à désirer
Pendant longtemps, la sexualité féminine a été construite autour d’une question centrale :
« Suis-je désirable ? »
Beaucoup moins autour d’une autre question :
« Qu’est-ce qui me donne réellement envie ? »
En consultation, certaines femmes décrivent une vie fantasmatique riche curiosité, imagination, désir mais se censurent ou s’adaptent à ce qu’elles pensent être attendu d’elles.
Le désir féminin n’est pas forcément faible.
Il est parfois simplement invisible parce qu’il n’a pas de place pour exister.
Quand parle-t-on réellement de trouble du désir ?
Toutes les baisses de libido ne sont pas des troubles sexuels.
Le DSM-5 décrit notamment le trouble du désir sexuel hypoactif comme une diminution persistante du désir sexuel accompagnée d’une souffrance personnelle ou relationnelle significative.
Deux éléments sont donc essentiels :
- la persistance dans le temps
- la souffrance ressentie par la personne ou dans le couple.
Dans la pratique, beaucoup de personnes qui pensent manquer de libido ne correspondent pas à cette définition. Elles traversent plutôt des périodes de fatigue, de stress, de pression ou de désynchronisation
dans la relation.
Le désir fluctue naturellement selon :
- l’état émotionnel
- la fatigue
- le stress
- la dynamique du couple
- le contexte de vie.
Le désir circule dans la relation
Dans un couple, le désir n’est pas seulement individuel.
Il se construit dans la manière dont les partenaires interagissent.
Les recherches montrent d’ailleurs que les différences de libido entre partenaires appelées desire discrepancy constituent l’une des premières causes de consultation en thérapie de couple.
Source
Mark KP, Murray SH. Gender differences in desire discrepancy. Journal of Sex & Marital
Therapy, 2012.
La différence de désir n’est donc pas forcément un problème.
Ce qui crée la difficulté, c’est la manière dont le couple vit et interprète cette différence.
Le désir a besoin d’un espace psychique
La sexualité ne se nourrit pas seulement d’hormones ou de techniques.
Elle se nourrit aussi :
- de curiosité
- de sécurité émotionnelle
- de liberté
- de jeu
- de connexion.
Lorsque la sexualité devient une obligation implicite ou une performance attendue, le désir a souvent tendance à se retirer.
Paradoxalement, c’est parfois en retirant la pression de devoir avoir envie que l’envie peut réapparaître.
Comprendre la baisse de désir ne consiste donc pas seulement à chercher ce qui ne fonctionne plus.
Il s’agit aussi d’observer dans quel espace relationnel le désir est censé se déployer.
Questions fréquentes
Est-il normal que le désir fluctue dans une relation longue ?
Oui. Le désir n’est pas constant et évolue selon les périodes de vie, le stress, la fatigue et la dynamique relationnelle.
Les hommes peuvent-ils aussi avoir une baisse de libido ?
Oui. Le stress, la fatigue, l’anxiété de performance ou certaines préoccupations psychiques peuvent diminuer le désir masculin.
Les différences de libido dans un couple sont-elles un problème ?
Pas nécessairement. Les rythmes de désir sont rarement identiques et ces différences peuvent être travaillées à travers le dialogue et la compréhension mutuelle.
Quand consulter un sexologue ? Lorsque la baisse de désir devient source de souffrance personnelle, de frustration ou de
tensions dans la relation.
Conclusion
La baisse de désir n’est pas toujours un problème de libido.
Parfois, le problème n’est pas l’absence de désir.
C’est simplement qu’il n’existe plus d’espace où ce désir puisse respirer.
Cet article est proposé dans le cadre des ressources pédagogiques de l’ADPMA, association engagée pour une pratique éthique et responsable des métiers du bien-être.